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Quand les médias s’intéressent à l’Iran, ils n’en ont que pour le nucléaire. C’est le sujet favori, le chouchou des unes. L’inquiétude des Occidentaux à l’égard de la fabrication supposée d’armes nucléaires en Iran est fondée, mais à ce stade, on peut la qualifier d’obsessionnelle. Tant et si bien que les autres dossiers sur lesquels l’Iran devrait rendre des comptes, notamment en matière de droits de l’Homme, sont totalement ignorés.

« Face à l’Iran, les républicains saluent la fermeté de la France » (Le Figaro), « Nucléaire iranien : l’AIEA veut toujours une réponse aux questions… » (Libération), « Nucléaire iranien : Téhéran répond aux critiques occidentales » (Le Monde), les gros titres des médias en ligne relatifs à l’Iran ne peuvent faire sans ce mot : « nucléaire ». La cause ? La reprise des négociations à Genève entre l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le dossier nucléaire. Côté Iran, le but était d’adoucir les sanctions économiques dont il est l’objet. Côté occident, il s’agissait de détourner Téhéran de son programme supposé de bombe atomique.

À la veille des négociations, l’Iran, qui a bien compris que la France était l’une de ses interlocutrices les plus intraitables, a envoyé son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Cela n’a pas empêché l’intransigeance française de se confirmer à Genève. Sous le sceau de l’anonymat, certains diplomates occidentaux ont fait part des coulisses de la rencontre genevoise à l’Associated Press. Selon eux, Paris est la plus sévère des parties prenantes. L’intervention de Laurent Fabius, demandant un engagement plus marqué de l’Iran sur certains volets de son programme nucléaire, est venue couronner avec fermeté les positions françaises.

Le deux poids deux mesures des Occidentaux

La sévérité internationale est critiquée à plusieurs titres. Cela fait trente ans que l’Iran est frappé de sanctions. Les effets se sont déjà fait ressentir sur l’économie du pays, alors que les accusations occidentales n’ont pas encore été étayées par des preuves tangibles. En outre, le droit de réponse de l’Iran, qui fait valoir que le fond du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) leur permet de poursuivre leur programme de nucléaire civil, est audible.

C’est l’objet d’un article paru dans le Monde d’Étienne Copel, Général et vice-président du haut comité français pour la défense civile. Il déplore que la méfiance française obstrue les négociations et risque de déboucher sur le retrait de l’Iran du TNP, et ce alors que le Pakistan, l’Inde et Israël, pourvus d’un armement nucléaire avéré, ne sont pas inquiétés. C’est ce qu’on appelle faire deux poids deux mesures.

Une obsession encouragée par la duplicité de Rohani

D’un autre côté, la dureté française est motivée par l’échec de l’accord conclu en 2003, et surtout par les propos qu’a tenus l’actuel président Rohani à propos de cet accord. Il s’est vanté dans un interview donné à la télévision d’État le 28 mai 2013, d’avoir doublé l’UE-3 (France, Royaume-Uni, Allemagne) : « Vous savez quand l’UFC [raffinage et conversion de l’uranium] a été lancé ?! Vous savez quand on a fait des yellow cake [concentré d’uranium obtenu à partir du minerai] ?! En hiver 2004. On l’avait suspendu [le programme nucléaire] ?! On l’a complété, oui ! », avait-il déclaré. À cela s’ajoute la découverte d’un nouveau site nucléaire au nord de Téhéran et le manque de visibilité de l’AIEA sur la réalité des installations iraniennes. Des éléments qui n’aident pas à croire en la bonne foi du régime.

Alors, à qui donner raison ? À la France et ses partisans occidentaux ou aux avocats du diable qui défendent le régime iranien ? Finalement, telle n’est pas vraiment la question. Car qui est regrettable dans le fond, c’est que pendant que l’Iran doit défendre sur la scène internationale ses projets nucléaires, ses nombreuses incartades en matière de droits de l’Homme sont superbement délaissées. Alors que tous les regards sont rivés sur ses centrales, Rohani n’a à se justifier de rien d’autre. Et pourtant, les abus sont nombreux, si nombreux que le silence de la communauté internationale à leur propos est choquant et incompréhensible.

Toutes les autres casseroles du régime iranien

Rien n’est fait pour aider la libération des 7 otages d’Achraf, enlevés par les forces irakiennes et actuellement détenus par les forces spéciales de Maliki à Bagdad. L’ONU, sollicitée pour mener une enquête indépendante et transparente sur le rôle des forces irakiennes dans l’attaque du 1er septembre, ne bouge pas le petit doigt. En outre, le président Rohani a réussi à faire exécuter pas moins d’une centaine de personnes par mois depuis sa prise de fonction selon le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI). Des exécutions sans procès ont lieu sans que personne ne s’en offusque, comme ce fut le cas pour les 16 prisonniers politiques à Zahedan par représailles contre une opération de la minorité Baloutche contre les pasdarans. Sans parler des droits des femmes, pour lesquels Rohani n’a concrètement rien fait en alors que de nombreux espoirs reposaient sur lui au moment de son entrée en fonction.

Alors si le dossier du nucléaire inquiète à juste titre, il n’est tout simplement pas tolérable qu’il occulte tous les abus perpétrés par le régime dans l’indifférence générale. L’obsession occidentale, outre qu’elle permet à ses crimes de rester incognito, les favorise en ne pensant qu’à sa sécurité personnelle ou à préserver ses intérêts économiques dans la région.

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