EU opinion & policy debates - across languages | BlogActiv.eu

Cela fait exactement dix ans que le traité sur l’Union européenne, encore appelé traité constitutionnel, était présenté aux Européens. Composé de trois parties, le traité regroupait en un seul document l’ensemble des traités précédents depuis le traité de Rome. La deuxième partie concernait la réorganisation institutionnelle et la troisième consacrée au champ social traitait de la citoyenneté ou encore des symboles de l’Union. Ce traité devait construire une unité entre les citoyens européens dans le respect de leurs diversités. Sa non ratification les a divisés.

En France, une petite majorité devait rejeter le traité, suivie quelques jours plus tard par les Pays Bas. Bien qu’une majorité de pays et de citoyens aient déjà validé le texte, le processus de ratification devait être interrompu par les Etat-membres. Pourtant, tous l’avaient signé.

Le Président français de l’époque souhaitait, on s’en souvient, un referendum plutôt qu’une ratification par le congrès. Pourtant ce texte, pas vraiment compliqué mais trop lourd à lire en terme juridiques et diplomatiques, ne pouvait vraiment être que l’affaire des parlementaires dont c’est le métier et la raison d’être. D’ailleurs peu d’électeurs l’avaient lu ou même parcouru. S’il y avait un texte à proposer aux citoyens de l’Union, il s’agissait de mon point de vue du seul préambule du traité. Celui-ci tenait en une page, affirmait l’histoire, les valeurs de l’Union européenne et présentait les orientations en termes de politiques communes, de diplomatie, de relations économiques et sociales. Un texte court certes, mais riche, dense, fort et porteur de sens. Un texte que l’on pourrait encore proposer aux citoyens européens. Notamment si l’UE devait s’engager dans un processus de plus forte intégration.

À l’époque, le débat avait été largement dominé par les opposants au traité, marxistes anti Union européenne d’une part, et souverainistes et nationalistes de l’autre. Le plus gros mensonge de l’histoire politique a fait gagner ceux que l’on appelait les « nonistes » affirmant l’existence d’un plan B dont l’un des porte-paroles est l’actuel ministre des Affaires étrangères. Bien évidemment il n’y avait pas de plan B et ces gens ont planté (plan T), pardon du jeu de mots, l’Union européenne. On doit en effet s’interroger aujourd’hui et c’est le but de cette anamnèse. Si le traité avait été voté, serions-nous dans une Union plus intégrée, plus fédérale ? Serait-elle mieux protégée car dotée d’outils politiques plus solides que ceux qu’il a fallu mettre en oeuvre à la hâte ? À commencer par le Traité de Lisbonne, qui s’est contenté d’une réorganisation institutionnelle ? Les crises économiques, monétaires, financières et sociales auraient-elles été abordées plus rapidement et peut être plus facilement ?

La politique énergétique aujourd’hui érigée en politique stratégique et de sécurité serait certainement une politique d’autonomie de l’Union, plus avancée et plus efficace que celle que l’on peine à mettre en oeuvre. La place de l’Europe serait reconnue autrement qu’elle ne l’est par une vraie politique étrangère et de défense commune plus pertinente. Notre poids d’Européens serait plus conséquent et unitaire face au terrorisme, aux agressions de la Russie contre l’Ukraine, et l’action de l’Europe en Méditerranée coordonnée.

En dix ans, nous aurions sans doute concrétisé des frontières communes et élaboré une série de politiques sociales. Nous parlerions (enfin) d’une seule voix sur la scène internationale. Tout cela ne s’est pas fait même si les choses avancent peu à peu, pas à pas.

Mais attention à ne pas commettre les mêmes erreurs car si nous n’y prenons pas garde, c’est l’Europe avec son projet de paix qui va se déliter.

Aujourd’hui, si nous avons à nous reposer la question d’un texte commun, je propose le préambule du Traité sur L’Union Européenne.

Emmanuel Morucci

Author :
Print
EurActiv Network