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Dans ses relations avec la Turquie comme avec la Russie, l’Union européenne n’a certes pas toujours fait preuve de lucidité et de perspicacité, mais ce constat n’exonère pas ces deux pays de leurs responsabilités. Les épisodes concernant Charlie Hebdo dans ces deux pays ne sont que de gros nuages noirs supplémentaires dans les relations avec ces deux partenaires stratégiques de première grandeur et c’est tout l’intérêt de cet article de s’être penché sur cet épisode révélateur. Même intérêt concernant les Etats-Unis au moment où la lutte contre le terrorisme semble vouloir(ou devoir) s’internationaliser au lendemain de la Conférence de Washington.

        -. 1 La Turquie

La visite officielle du premier ministre turc dans les institutions européennes coïncidant dans le calendrier était tombé à point nommé ? Un seul journal turc a osé publier la Une de Charlie Hebdo, malgré l’interdiction par la justice de ce pays « laïc ». En Russie, c’est l’autocensure qui est de mise, par peur des représailles. Les deux pays ont pourtant envoyé des représentants participer à la marche républicaine du 11 janvier à Paris…le premier ministre turc et le ministre des affaires étrangères russe. Les apparences diplomatiques étaient sauves. Mais que penser de la fiabilité diplomatique de ces deux partenaires stratégiques auxquels on aurait pu ajouter pour faire bonne mesure, la Hongrie de Viktor Orban dont les déclarations anti-immigrés ont frappé tous les observateurs présents avec lui sur place lors de la manifestation du 11 janvier.

« La Turquie n’aura pas attendu longtemps », commente le journal Libération : un tribunal a ordonné le blocage des sites internet qui publient la Une de Charlie Hebdo. « Cumhuriyet («La République»), l’un des plus anciens quotidiens turcs et fervent défenseur de la laïcité, a lui bravé les menaces », explique le site du quotidien. Libération ajoute que « la police turque a tenté d’empêcher dans la nuit la distribution du quotidien, sans succès ».

« Cumhuriyet est jusqu’à présent le seul journal à avoir diffusé ces dessins dans le monde musulman, où pressions et menaces se sont multipliées », note Ouest France. Toutefois, « le journal devait initialement publier l’intégralité du nouveau numéro, mais s’est finalement contenté, après un vif débat interne, d’un encart de quatre pages, conscient des risques de représailles », rapporte le site du quotidien. Ouest France rappelle que « la Turquie est régulièrement placée aux derniers rangs mondiaux dans les classements sur le respect de la liberté d’expression publiés par les ONG de défense de la presse ». Le journal a longtemps hésité mais finalement il n’a pas franchit le pas et a renoncé à publier les caricatures et la mise sous surveillance et la diversité des mesures à son encontre laissent deviner quel aurait son sort si le journal avait publié les caricatures. Le pouvoir avait la ferme intention de faire saisir préventivement le journal sans attendre une décision de justice.

Le journal le Monde souligne que « la vindicte des gardiens de l’islam sunnite contre les libres penseurs ne date pas d’hier ». Le site du quotidien rappelle l’incendie criminel du 2 juillet 1993, à l’encontre d’artistes. « 37 personnes (…) périrent dans les flammes après avoir été empêchés de sortir par la foule déchaînée », venue exprimer sa rage « à l’appel des partis islamistes ». « En 2012, l’affaire fut classée sans suite, pour la plus grande satisfaction des avocats des fauteurs de trouble de Sivas, dont certains, devenus ministres ou députés, ont effectué depuis une ascension vertigineuse au sein de l’AKP », affirme Le Monde.

« Dans le même temps, le Haut-Conseil de la radio et de la télévision (RTÜK), gendarme des médias, a adressé à tous les organes de presse, ainsi qu’à Twitter et Facebook, une décision de justice les menaçant de poursuites en cas de diffusion de documents qui, selon ceux qui les ont publiés, prouvent que le gouvernement islamo-conservateur a bien livré des armes à certains groupes islamistes rebelles syriens », signale Le Monde. Le site du quotidien rappelle la « vague d’arrestations importante contre des médias de l’opposition à l’initiative du président Recep Tayyip Erdogan, parmi eux le rédacteur en chef de l’un des principaux quotidiens du pays, Zaman [et] le président de la chaîne de télévision Samanyolu ». Sans compter le blocage temporaire des réseaux Twitter et Youtube par le gouvernement « pour empêcher la propagation d’accusations de corruption visant l’entourage du président ».

Dans le même ordre d’idée certains journaux rappellent sue la Turquie utilise la partie turque de Chypre pour acheminer, « infiltrer » des djihadistes. L’ambiguïté turque n’est pas à rappeler ici tant elle est bien connue. Certes dans cette affaire la Turquie n’a pas été le Tchétchénie, l’Iran, le Niger, le Pakistan etc où les manifestations se sont transformées en émeutes avec mort d’hommes. Comme l’écrit dans Liberation du 23 janvier dernier le professeur Ahmet Insel de l’Université de Galatasaray : « l’affaire Charlie Hebdo est un nouveau moment de rupture en Turquie, un de plus après les évènements du Parc Gesi, mais elle révèle une évolution bien plus profonde. » Tout cela quasiment à la veille des élections parlementaires une source supplémentaire de préoccupations nous dit Ilter Turan dans le bulletin du German Marshall Fund (Cf. infra pour en savoir plus.)

Pour l’instant ce qui retient notre attention c’est la visite du premier ministre Ahmet Davutoglu aux institutions européennes, à l’issue de la quelle le Président Donald Tusk a déclaré : « à la lumière des récents meurtres à Paris, UE et Turquie avaient convenu d’intensifier leur dialogue sur la lutte contre le terrorisme, y compris pour contrer l’Etat Islamique » Toujours à la lumière de ces évènements, Donald Tusk a souligné que la détermination de l’UE à défendre ses valeurs fondamentales « y compris la liberté de pensée, d’expression et des médias n’avait fait qu’augmenter ». La Turquie, rappelons le est le pays au monde qui compte le plus de journalistes en prison. Dans un communiqué de presse Donald Tusk explique que les deux parties ont décidé aussi de renforcer le dialogue et la coopération en termes de politique étrangère, en particulier sur la Syrie et l’Irak, l’Ukraine et le Moyen-Orient. Le premier ministre turc et le président du Conseil européen ont également souligné leur « vif intérêt en faveur du renforcement des relations économiques et commerciales ». Pour Donald Tusk « en particulier il est grand temps de faire avancer les travaux sur la modernisation de l’union douanière afin qu’elle puisse réaliser son plein potentiel ».

Saluant l’engagement du gouvernement turc dans le processus d’adhésion( le premier ministre a également rencontré le président Juncker et Federica Mogherini) le président du Conseil européen a précisé que l’UE allait continuer à soutenir l’ouverture de nouveaux chapitres, lorsque les conditions seraient remplis. L’ouverture de nouveaux chapitres est actuellement bloquée par Chypre en raison du non respect par la Turquie de ses droits souverains et de son espace économique exclusif. Donald Tusk et Davutoglu ont convenu de la nécessité d’un règlement global du problème de Chypre : « le statu quo a duré trop longtemps. Il est très important de veiller à créer un climat positif pour que les négociations puissent reprendre » a souligné Donald Tusk qui a aussi souligné les efforts en vue d’un règlement pacifique de la question kurde.

Bonnes chances aux acteurs des relations entre l’UE et la Turquie !

2-. La Russie

Autre phénomène inquiétant : l’influence des théoriciens du complot. La revue Challenges constate que « la Turquie et la Russie font partie des pays où ces théories du complot sont le plus en vogue ». Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, « il s’agit d’un ‘complot’ dans la manière qu’ont eu ‘les Occidentaux’ de relater et d’expliquer ces attaques », rapporte le site de l’hebdomadaire. Côté russe, « politologues et politiciens continuent de défiler sur les plateaux pour expliquer que globalement la France ne fait que récolter ce qu’elle a semé, qu’elle avait failli à l’intégration de ses musulmans, qui sont d’ailleurs beaucoup trop nombreux, les poussant aujourd’hui au jihad par sa politique au Proche-Orient », rapporte « Libération. « La chaîne de propagande pro-Kremlin Lifenews et le quotidien non moins loyal Komsomolskaya Pravda s’interrogent quant à eux sur le rôle des Américains dans les attentats parisiens… », alors qu’aucun journal « n’a suivi l’appel de Mikhail Khodorkovsky, exilé en Suisse, à publier des caricatures du prophète en signe de solidarité », constate le site du quotidien.

Alexei Malachenko, spécialiste de l’Orient et de l’islam au centre Carnegie de Moscou, revient sur la mobilisation exceptionnelle contre «Charlie Hebdo», à Grozny. Des centaines de milliers de personnes (800 000, selon les autorités locales, dans un pays qui compte 1,2 million d’habitants) se sont rassemblées, lors d’une manifestation monstre à Grozny contre la dernière une de Charlie Hebdo. «Ceci est une manifestation contre ceux qui insultent la religion musulmane», a annoncé le dirigeant tchétchène prorusse, Ramzan Kadyrov, pour protester contre la caricature de Mahomet. Kadyrov, dirigeant autoritaire et protégé du Kremlin, avait appelé la population à exprimer sa colère. Après les attentats du 7 janvier contre l’hebdomadaire satirique, il avait décrit les dessinateurs de Charlie Hebdo comme des «personnes sans valeurs spirituelles et morales».

L’événement était un projet personnel de Ramzan Kadyrov, à des fins personnelles. Il fait tout son possible pour être un homme politique de niveau fédéral. Mais il ambitionne surtout de devenir le leader des musulmans de Russie, voire au-delà. Mais dans les autres régions musulmanes de Russie il n’y a eu aucune mobilisation…C’est vrai qu’il ne s’est absolument rien passé ni à Kazan, ni à Naberejnye Tchelny, ni à Oufa (grandes villes peuplées majoritairement de musulmans, Tatars et Bashkirs, ). Et même à Moscou, une manifestation du même type prévue le 25 janvier n’a pas été autorisée. Cela révèle des dissensions au sein de l’oumma russe. Personne n’a aimé les caricatures et le soutien qu’elles reçoivent en France, mais les réactions ont été très variées. Les leaders tatars ont pu s’exprimer sur le fait qu’il ne faut pas provoquer les musulmans, mais il ne leur serait jamais venu à l’esprit de mobiliser les masses. D’autre part, ce qui est possible dans le Caucase est impossible ailleurs : à Moscou, une telle manifestation aurait été tout bonnement perçue comme une provocation, avec des conséquences dangereuses pour les musulmans eux-mêmes. Signalons également que 15000 se sont rassemblées à Magas capitale de l’Ingouchie. La foule a protesté contre les caricatures. Le président de cette petite république du Caucase du nord a protesté dans un communiqué contre les caricatures « un extrémisme d’Etat de la part de quelques pays occidentaux(…) insulte contre les croyances des musulmans (…) qui tentent de dresse les croyants de diverses religions les uns contre les autres ».Un activiste russe a été condamné à huit jours de prison pour avoir manifesté son soutien à Charlie Hebdo avec une pancarte. Si certains russes ont manifesté devant l’ambassade de France avec fleurs et bougies, l’opinion publique et la presse russe restent partagées sur le soutien à apporter à l’hebdomadaire. « Dieu merci, la Russie n’a pas été touchée par cette épidémie » s’est exclamé un journal quotidien populaire en évoquant les manifestations de soutien à Charlie. Le journal s’est félicité de l’existence d’un article du code pénal qui condamne d’une lourde amende les médias qui se rendent coupables d’incitation à la haine raciale inter-ethnique ou religieuse. Mikhaïl Khodorkovski qui avait demandé aux médias de publier les caricatures en signe de soutien à l’hebdomadaire n’a quasiment pas été suivi. L’autorité russe de surveillance des médias, Roskomnadzor, a appelé les médias russes à s’abstenir de publier les caricatures qui « vont à l’encontre des normes éthiques et morales établies pendant des siècles de cohabitation entre différents peuples et confessions religieuses »

Quelle est la position du Kremlin à l’égard de la manifestation de Grozny ? La réaction du Kremlin a été favorable. Moscou en a aussi tiré profit, dans son positionnement vis-à-vis de l’Occident, en marquant la singularité russe : voyez comment les musulmans manifestent librement en grand nombre chez nous, tandis qu’une telle mobilisation ne serait jamais tolérée en France. En outre, Kadyrov a confirmé ainsi une fois de plus sa loyauté à Poutine Quels sont les défis que pose l’islam aujourd’hui en Russie ? C’est la deuxième religion de Russie, et le nombre de musulmans ne cesse d’augmenter. L’immigration musulmane représente aujourd’hui cinq millions de personnes, des mosquées ont été construites à Vladivostok, à Ekaterinbourg, à Iakoutsk. Et la question de l’islam n’est pas du tout périphérique. Surtout avec ce qui se passe au Proche-Orient – des milliers de citoyens russes combattent en Syrie et en Irak pour l’Etat islamique. En Russie, l’islam se radicalise, lentement, mais sûrement. Cela ne veut pas dire qu’il y aura une révolution islamique demain, mais le problème s’aggrave sur fond d’une immigration croissante, de tensions interethniques, de pénétration de l’islam radical (Frères musulmans entre autres), de la politique du Kremlin dans le Caucase du nord… Entre-temps, des mosquées poussent partout, sauf à Moscou, malgré les 2 millions de musulmans (pour une population moscovite de 18 millions, où les habitants sont particulièrement irrités par les migrants et les autorités ne veulent pas créer de foyers d’attraction pour les musulmans radicaux.

     -. Les Etats-Unis

Deux aspects sont à retenir : les leçons enfin tirés du 11 septembre et le comportement de la presse américaine. Concernant la mobilisation française, les américains se rendent compte maintenant qu’ils ont mal réagi aux évènements du 11 septembre. Leur réponse de colère et de vengeance, à l’opposé des réactions françaises, reconnaissent les américains, était fondamentalement erronée et avait conduit à des comportements totalement destructeurs : l’invasion de l’Irak, la déstabilisation durable du Proche-Moyen Orient. La manière digne, unie et de sang froid, avec laquelle la France a réagi, c’est ce que les américains auraient dû ou voulu faire eux-mêmes ont-ils réagi. Ils ont commenté : le Homeland and Security Act, le Patriot Act ne sont pas nécessaire en France : on n’en a pas besoin entant que tel en France. Les services américains étaient trop fortement dispersés et communiquaient trop mal entre eux. Tout cela a tendu à limiter les libertés individuelles. Mieux utiliser les outils existants et pas nécessairement faire de nouvelles lois aurait été plus judicieux, travailler plus efficacement par des coopérations plus efficaces  et plus étroites. Enfin les américains ont reconnu, tardivement que le « either you are with us, or you are with the terrorists » représentait une démarche totalement erronée par son simplisme.

Dans une affaire où les réactions de l’opinion publique sont essentielles, il est utile de jeter un œil sur la presse américaine : deux mots la caractérisent : embarras et dilemme, mais aussi dénonciation de l’hypocrisie des restrictions françaises à la liberté d’expression, voire même dénonciation des peines estimées trop lourdes.

Exemplaire à bien des égards, l’exercice d’équilibriste du New York Times qui a décrit sans la montrer la manchette incriminée consacrée à une caricature du prophète. Le directeur, Dean Baquet a rappelé la règle stricte qui proscrit la publication de « tout ce qui est destiné délibérément à heurter les sensibilités religieuses(…) Après mure réflexion » les responsables du New York Times avaient décidé que « décrire les dessins en question donnerait suffisamment d’informations aux lecteurs » pour comprendre la situation . Dans une société où les religions ont conservé une influence bien plus forte qu’en Europe, la presse n’était pas là pour accélérer la déchristianisation ou même simplement la « déreligionisation » de la société. C’est un domaine sensible auquel on ne touche pas impunément est-il tacitement admis. Le quotidien n’a pas été le seul à faire ce choix, alimentant de vifs débats sur les limites de la liberté d’expression et les responsabilités des médias. L’Agence de presse Associated Press et les chaînes d’information CNN, MSNBC et NBC News ont fait de même et décidé de masquer les dessins controversés exprimant clairement leurs préoccupations contre tout ce qui pourrait être perçu comme potentiellement offensant.

Le responsable de CNN worldwide, Jeff Zucker, a mis en avant un autre argument « D’un point de vue journalistique nous sentons que nous avons envie et que nous devrions utiliser ces images. Mais de mon point de vue de responsable, la sécurité de nos équipes de par le monde est plus important pour l’instant ». Cet argument avait été mis en avant par le Porte Parole de la Maison Blanche, Jost Earnest, invité à commenter les déclarations faites par prédécesseur, Jay Carney, suite aux publications des caricatures « gravement offensante »du prophète. M Earnest tout en en rappelant l’importance de la liberté d’expression consacré par le premier amendement de la Constitution américaine et le fait qu’aucun acte de violence ne pouvait être justifié par la publication de caricatures avait indiqué que la Maison blanche devait s’interroger sur les conséquences de telles publications pour ses personnels militaires et diplomatiques. Le Washington Post qui n’avait pas à l’époque publié les premiers dessins a fait un autre choix : au lendemain du massacre de Paris il avait republié la manchette de 2011, mais dans ses pages de la rubrique « Opinions », un éditorial mettait en garde contre la tentation de l’autocensure. Le directeur du Washington Post, Martin Baron, expliquait qu’il interdisait la publication « de ce qui est précisément, délibérément ou inutilement offensant pour des membres des groupes religieux » mais que la couverture du nouvel hebdomadaire n’entrait pas dans cette catégorie là. La médiatrice du New York Times a plutôt défendu la position du quotidien ce qui lui valu de nombreuses critiques et l’a amené à regretter que son journal n’ait pas révisé sa politique car le contenu publié à Paris, « n’était ni choquant, ni gratuitement offensant et avait une valeur significative d’information ». L’humoriste du Huffington Post, Jon Stewart comme de nombreux intellectuels américains de gauche comme de droite, estime que les discours de haine sont mieux régulés et combattus par le débat public d’idées que devant les tribunaux. Or en France l’approche est plus équilibrée et nombre d’américains font remarquer que de nombreux français ont été arrêtés et condamnés parfois lourdement (peine de prison) pour apologie du terrorisme. Le système judiciaire américain est plus intéressé à contrer les discriminations racistes (emploi, logement, accès à l’université etc…)que par la lutte contre les discours racistes qui ne sont pas considérés comme du ressort de la loi. Aux Etats-Unis, seul un discours qui incite de façon très explicite à une action violente peut être puni par la loi et il faut que la probabilité de cette action violente soit élevée. En France une simple expression d’une opinion pro-terroriste est criminalisée. Bien des américains (juristes, journalistes) estiment que l’attitude du gouvernement français est excessive. En France il est plus socialement accepté de tenir des propos racistes mais les lois sont plus restrictives concernant l’expression d’opinions alors que aux Etats-Unis c’est l’inverse qui prévaut fait-on remarquer. Les traits caricaturaux de Charlie Hebdo concernant les noirs, les arabes etc. passeraient très mal aux Etats-Unis même en faisant observer qu’il s’agit d’une forme d’humour, à prendre au second degré.

Un journaliste, David Brooks, écrit dans le New York Times que « s’ils avaient voulu publier leur journal satirique, çà n’aurait pas tenu 30 secondes(…) Les associations étudiantes et de professeurs les auraient accusés d’incitation à la haine raciale ».Un des problèmes les plus sérieux soulevés par de nombreux articles américains tient à la difficulté de définir ce qui est raciste. L’argument français qu’une caricature de Mahomet est plus défendable parce qu’elle vise une religion est pas une communauté est loin de convaincre des américains, pour beaucoup cet argument n’est pas recevable. Un des arguments avancés par ailleurs est que le ressenti par la population doit jouer un rôle important pour déterminer ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas. Si de nombreux musulmans perçoivent les caricatures de Mahomet comme insultantes, alors il faut peut-être accepter qu’il s’agit bien d’une forme de discours raciste ce qui pour un américain ne veut pas nécessairement dire qu’elles doivent être considérées comme illégales. De même d’un point de vue américain, la conception française de la laïcité est une forme de limite à la liberté d’expression et de religion . Les lois françaises leur semble à bien des égards contreproductives.

C’est ce dilemme qui a rendu si difficile et si longue l’adoption de la directive cadre de l’UEcontre le racisme, la xénophobie, la haine raciale. Une directive mal reçue dans le monde anglo-saxon. C’est cette culture qui explique qu’un anglais condamné en Autriche à de lourdes peines de prison pour propos négationnistes et franchement pro-nazi, de retour dans son pays , il n’a fait l’objet d’aucune poursuite malgré les réactions contraires  de certaines personnes appelant à des sanctions. C’est une opinion que nous condamnons, mais c’est une opinion, a-t-on alors entendu.

 

Pour en savoir plus :

   

       -. German Marshall Fund : llter Turan  « Six Months Away Yet so Near, the Forthcoming Elections in Turkey “ http://www.gmfus.org/wp-content/blogs.dir/1/files_mf/1421859990Turan_SixMonthsAway_Jan15.pdf

     -. Courrier International qui publie et qui ne publie pas la couverture de Charlie Hebdo http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2015/01/14/qui-publie-et-qui-ne-publie-pas-la-une-du-nouveau-charlie

 

 

 


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