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«Que l’Europe, consciente de son passé, regarde avec confiance le futur pour vivre avec espoir le présent.»

C’est par cette phrase écrite sur le livre d’or du Parlement européen que le pape François a ouvert sa rencontre avec les députés européens représentant les 507 millions

de citoyens de l’Union européenne. Puis un temps plus tard devant les représentants des 48 pays membres du Conseil de l’Europe, parmi eux les représentants de la Russie, de l’Ukraine et de la Turquie.

Deux discours puissants qui laisseront des traces dans l’histoire des deux assemblées. Devant le Parlement européen, le pape a appelé l’Union européenne à se réveiller. Comparée à une dame vieillissante, il l’a exhortée à être vivante et animée, c’est à dire douée d’une âme. On retrouve, ici, en termes plus politiques, le contenu théologique et ecclésiologique un peu habituel pour les catholiques et les chrétiens du monde entier mais peut-être nouveau pour des députés d’origines diverses et pas forcement versés dans le langage du Saint Siège. L’Europe doit rayonner dans le monde. C’est à dire regarder devant elle. Cela veut dire aussi que l’Europe doit être fière de ce quelle est, de ce qu’elle fait. Appuyée sur ses cultures et sur ses peuples elle doit se construire par harmonisation de ses politiques communes mais ne pas s’uniformiser. Le dialogue interculturel a sa place. D’ailleurs, le pape a souligné l’importance du principe de subsidiarité avec cette idée qu’il faut regarder les environnements pour innover dans tous les domaines avec ceux qui en sont les acteurs locaux. Mais pas seulement dans le domaine de l’économie. Non cette dernière est un outil mais l’élément central de la construction européenne est la personne humaine. C’est en ce sens que le message européen doit encore porter dans le monde. C’est la doctrine sociale que François propose en chantier pour l’Europe. Les termes sont d’ailleurs inscrits comme valeurs européennes : la dignité de la personne humaine, la recherche permanence du bien commun et l’exercice de la subsidiarité.

Rayonner dans le monde mais aussi auprès des Européens. Ils doivent retrouver leur force vive, leur vigueur dira-t-il, l’espoir de porter l’entité voulue par les Pères fondateurs. Parlant, en autre choses de la laïcité, le pape a affirmé qu’elle n’était pas un danger pour les États membres ni pour les instituions européennes mais au contraire, et la définition restera : une contribution positive à la société.

Il renouvelle alors sa proposition : l’Eglise reste un partenaire des institutions européennes et les catholiques participent à la construction européenne en apportant ce socle de valeur et d’Esperance qui est le leur. Mais ils ne sont pas seuls et c’est les autres, non catholiques qu’ils participent à la société.

Chronique d’Emmanuel Morucci – 26/11/14

Quelques instants plus tard, au Conseil de l’Europe, devant les représentants des Européens du Continent et devant les juges de la Cours des Droits de l’Homme, le discours du pape était plus philosophique. Dans la continuité de son premier message ou suppliait les députés européens de ne pas faire de la Méditerranée un cimetière, il a invité à reconnaître dans l’autre non un ennemi à combattre, mais un frère à accueillir. Il faisait ici référence aux deux guerres. La voie privilégiée pour la paix devait interroger les représentants de l’Ukraine et de la Russie. La paix c’est un constant chemin d’humanisation nécessaire.

Pleinement dans son rôle de souverain pontife, François insiste sur les racines communes que l’Europe doit retrouver et reconnaître. Il fait une analogie avec un tronc d’un arbre déraciné. Il a toujours l’apparence d’un tronc mais de l’intérieur il se vide, il est sans substance. C’est sur ses fondamentaux que l’Europe est invitée à se réveiller. Il introduit alors les deux concepts de multipolarité et de transversalité sur lesquels les européens sont invités à s’appuyer pour vivre les temps de globalisation. De multiples pôles culturels, religieux et politiques qui doivent s’interroger les uns les autres. Dans sa parole, le dialogue interculturel devient alors essentiel.

Emmanuel Morucci

 

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