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En 2014, tous les secteurs d’activités, en Europe notamment, semblent pâtir de la crise mondiale qui sévit depuis six ans. Au milieu de ce marasme économique et social plus ou moins globalisé, le petit monde du ballon rond tire pourtant son épingle du jeu. Mais à quel prix ? Entre rémunérations scandaleusement élevées et corruption grandissante, le football professionnel déchaine les passions depuis quelques temps.


Les années 2000 voient s’épanouir un nouvel acteur sur les terrains de football, qui s’avèrera par la suite être l’élément fondamental de tout onze de départ souhaitant atteindre les sommets de la gloire. L’or n’est plus la simple métaphore brossant l’incommensurable talent des pieds d’un Pelé ou d’un Maradona ; il inonde littéralement les gazons verdoyant de son éclat et, convient-il de reconnaître, de ses outrances. Depuis une dizaine d’années, le monde du football semble avoir détrôné celui, non moins décrié, de la finance, à ceci près que les risques ne sont pas les mêmes. Mais force est de reconnaître quel les clubs professionnels sont devenus au fils des années de grandes multinationales ; certains de leurs dirigeants des requins cupides et argentés.

Evangelos Marinakis, idole du football corrompu

Car derrière les rémunérations honteusement excessives des joueurs, se cache une logique financière et commerciale bien rodée, qui n’en finit plus d’extraire ses dernières gouttes sportives au jeu le plus populaire du monde. Si bien qu’aujourd’hui, le football a déporté sa stratégie des terrains aux tours d’ivoire de quelque propriétaire, et la corruption, versant vicié de l’argent, est devenu partie intégrante des tractations footballistiques en tout genre.

La Grèce, pays où, d’années en années, les nouveaux cas d’avantages contre monnaie sonnante et trébuchante sont légions, semble être un terreau fertile pour les propriétaires de clubs peu scrupuleux. Si le nom d’« Olympiakos FC » est certainement plus que familier pour les passionnés de football, celui de son dirigeant, Evangelos Marinakis, l’est peut-être moins. Pourtant, au sein de la République du pot-de-vin, le patron du plus important club de football national y est roi. A la fois grand armateur et conseiller municipal, M.Marinakis, personnalité publique, n’en bricole pas moins en coulisses des affaires louches.

Depuis 2010, le parrain du football en Grèce est inquiété dans maintes affaires de conflits d’intérêts – dues au cumul de mandats entre patron de club, président de la Superleague nationale et vice-président de la fédération hellénique de football –, ainsi que de matches et paris truqués qui en découlent. En 2011, Evangelos Marinakis figurait ainsi parmi les 68 suspects soupçonnés par les autorités judiciaires grecques dans l’affaire des matches truqués de Koriopolis. La même année, alors qu’il est placé sur écoutes téléphoniques, le patron de l’Olympiakos est accusé d’avoir sciemment incité et facilité des actes de violences entre supporters. L’éminente raison invoquée ? Obtenir des pénalités pour le club adverse. Avec tous les contacts qu’il possède dans le monde du football et les innombrables pots-de-vin qu’il semble verser, c’est à se demander si M. Marinakis ne se complique pas un peu la tâche. Toujours est-il qu’en 2014, il décide de se lancer en politique et obtient un siège au conseil municipal de sa ville natale du Pirée ; les commentaires des journalistes ne se font pas attendre lorsque l’armateur propulse maire l’ancien porte-parole de l’Olympiakos, Yannis Moralis. Il est vrai qu’en termes de corruption, football et politique font plutôt bon ménage.

Des patrons à l’image des instances footballistiques

Il serait hypocrite, cependant, de blâmer les seuls patrons de grands clubs. Ne sont-ils pas après tout à l’image du commandement ? La critique est acerbe, mais elle n’en est pas moins vraie. Sur ce point, l’organisation de la coupe du monde 2022 au Qatar cristallise aujourd’hui bon nombre de dénonciations anti-corruption ; lesquelles sont apparemment plus que fondées pour la plupart. Alors que l’on ne connait même pas encore les pays conviés à la manifestation, et encore moins le nom des joueurs qui feront partie des équipes nationales, un festin des corrompus a démarré depuis quelques années déjà. Au menu, de multiples pots-de-vin qataris rassasiant les pontes des plus grandes instances footballistiques de la planète ; la FIFA et l’UEFA sont ainsi régulièrement dénoncées pour les accointances et faveurs qu’elles offrent aux émirs.

Afin d’atténuer cette tempête dénonciatrice, les représentants – européens notamment – du football international tentent depuis quelques années d’ériger des barrières contre la financiarisation du petit monde du ballon rond. En 2009, le respect d’un fair-play financier est ainsi imposé en Europe. Toutefois, moins que l’enrayement de la corruption, c’est avant tout et in fine sur le salaire des joueurs que cette mesure entend peser. Comme si ses instigateurs, pour la majorité d’anciennes gloires du football européen, jalousaient de n’avoir pu profiter de l’immixtion de l’argent sur les terrains. Les manœuvres « argent contre faveurs » qu’ils pratiquent ne seraient ni plus ni moins qu’un moyen de redresser la balance. En 2014, un siècle après la prohibition, la planète football cherche désespérément à son tour ses incorruptibles.

 

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