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Dans trois semaines aura lieu le Sommet européen de Vilnius. Occasion pour l’Union européenne et l’Ukraine de signer un Accord d’association qui scellera officiellement leur rapprochement économique. Si cet Accord convient est tant souhaité par les deux parties, la Russie n’est quant à elle pas prête à laisser partir son ancien allié dans les bras européens et pour l’en dissuader, tous les moyens semblent permis.

Un  Accord d’association qui menace la suprématie russe

Un Accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne devrait être signé dans moins d’un mois, lors du sommet de Vilnius. « Aujourd’hui, je ne vois aucun obstacle pour signer (cet Accord) » déclarait le président ukrainien Viktor Ianoukovitch il y a quelques semaines. Si le chef d’État semblait à cet époque sûr que rien ne pourrait se mettre en travers d’un rapprochement avec l’Union européenne, c’était apparemment sans compter sur la Russie, dont le désir de suprématie sur l’Europe de l’Est dans son ensemble se voit aujourd’hui menacé par la signature d’un tel accord.

L’Ukraine va se retrouver « en situation de dépendance semi-coloniale à l’égard de l’Europe » prévient Moscou. Une mise en garde du Kremlin qui s’explique autant par des raisons économiques que philosophiques. En effet, qui dit Accord d’association dit également accord de libre-échange. Alors que la Russie tente de promouvoir son union douanière au sein des frontières ukrainiennes, un tel accord constitue un revers sévère pour Moscou et nuit à ses intérêts commerciaux.

De plus, il semblerait que Vladimir Poutine « croit sincèrement au caractère transcendantal de l’unité orthodoxe des slaves d’Europe de l’Est », précise Dmitri Trenin, directeur de la partie moscovite du Centre Carnegie. Le fait de voir ce « berceau de la civilisation russe » qu’est l’Ukraine se rapprocher autant de l’Union européenne lui semble « contre-nature, voire pervers ».

Chantage commerciale : qui ne tente rien n’a rien

Entre séduction et menaces, la Russie se débat tant bien que mal depuis plusieurs mois pour ne pas perdre son ancien satellite. Le Kremlin tente tout et ne s’attaque pas uniquement à l’Ukraine. Après avoir interdit l’importation des produits d’une des entreprises les plus rentables d’Ukraine, Roshen, en octobre dernier, les autorités russes ont également décidé de bannir les produits laitiers provenant de Lituanie, pays où se déroulera le sommet de Vilnius.

Si des prétextes sanitaires sont à chaque fois évoquées, il ne fait aucun doute pour personne qu’il y a derrière ces interdictions une mise en garde sérieuse de Vladimir Poutine : quiconque aidera au rapprochement de l’Ukraine et de l’Union européenne devra en payer le prix.

Une stratégie qui tourne mal pour la Russie. « En mettant ainsi la pression, la Russie ne fait que pousser l’Ukraine dans les bras de l’Europe. Ianoukovitch est conscient des risques d’une détérioration des liens avec son voisin oriental » estime Vladimir Fessenko, analyste politique.

Le conflit gazier, dernière tentative russe

Dimanche 27 octobre dernier, Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch se sont rencontrés à Sotchi. L’occasion pour la Russie d’abattre ses dernières cartes mais là encore, le Kremlin s’est apparemment retrouvé face à un mur. L’Ukraine décidée à aller vers l’Ouest.

« La situation est très sérieuse car le contrat prévoit qu’en cas de violation des conditions de paiement, on passe à un système de paiement à l’avance » a récemment prévenu Alexeï Miller, patron de Gazprom. Bien que le sort de l’Ukraine semble d’ores et déjà scellé, la Russie abat son dernier atout : son géant de l’énergie. Selon les dires russes, l’Ukraine devrait 882 millions de dollars, soit 643,7 millions d’euros, à l’entreprise gazière russe. Ceci depuis le 1er octobre dernier.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, se sent tout de même obligé de préciser que « le sujet des dettes gazières n’est pas politique et n’est en aucun cas liés à un accord d’association avec l’UE ». Des paroles qui sonnent faux aux oreilles européennes comme ukrainiennes et qui, une nouvelle fois, tombent à l’eau. Pour Mykola Azarov, Premier ministre ukrainien, « (leurs) difficultés avec la Russie sont temporaires. D’un point de vue stratégique, (les deux voisins) sont très proches ». L’Ukraine ne désespère pas de trouver un terrain d’entente et montre une volonté sans faille qui ferait presque trembler le rocher russe.

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